Économie
Ballast : faire du neuf avec du vieux
Par Isabelle Moreau (AMP) - 25.04.08 - Magazine Mat Environnement
On fait appel à eux pour des chantiers un peu délicats. Celui-là en était un. Réhabiliter une ex-voie de chemin de fer en piste cyclable peut donner du fil à retordre. La société Ecostab est venue à bout de ces difficultés avec le matériel Kirpy. Et pas mal de ténacité.
Transformer une ancienne voie ferrée en piste cyclable, une vraie gageure. Surtout quand le cahier des charges impose de jongler avec le matériau existant, sans apport de pierre ou de sable. Car le conseil général de Loire-Atlantique, maître d’ouvrage, a une vision très précise et très verte de la future piste : la rendre la plus naturelle possible. Une piste longue de 36 km qui relie deux communes à travers la campagne : Saint-Mars-la-Jaille et Carquefou, qui borde Nantes. Eurovia qui emporte le marché, va s’appuyer sur un sous-traitant la société Ecostab, spécialisée dans le traitement des sols, le broyage et le recyclage des matériaux, ainsi que la réhabilitation des sites industriels, pour conduire ce chantier. Une véritable gageure comme l’explique Frédéric de Sabata, co-gérant de l’entreprise basée à Troncens, dans le Gers. « On a failli renoncer car nous nous sommes trouvés confrontés à une difficulté ». Au début, le chantier résiste. Le ballast (lit de graviers supportant la voie ferrée), composé de grès quartzit, se révèle particulièrement dur et abrasif. « On n’avait encore jamais rencontré ça, nos outils s’usaient à une vitesse incroyable, générant des surcoûts imprévus qu’il a fallu apprendre à gérer ». La solution sera trouvée auprès de la société Castolin, spécialisée dans les soudures et les rechargements. « Nous avons utilisé des matériaux d’apport pour les pièces en mouvement ».
Un chantier complexe en huit étapes
Ce sera la plus grande contrainte du chantier qui malgré ces débuts va trouver son rythme. Il se déroulera en huit étapes. Un : scarification avec l’outil à dents Chisel Kirpy. Deux : passage de broyage à l’aide du broyeur Kirpy WX300, retenu, « comme l’ensemble du matériel Kirpy », pour sa «fiabilité». Trois : épandage de 12 kg de chaux vive (pour neutraliser les matières organiques du ballast). Quatre : deuxième passage de broyage avec incorporation de la chaux, plus assèchement des zones humides et marécageuses. Cinq : humidification du sol (20 l d’eau/m2) pour obtenir la bonne teneur en eau, afin de traiter le ciment. Six : épandage du ciment (20 kg/m2). Sept : malaxage sur 2 m de large et 15 cm de profondeur avec le malaxeur Rotadairon. Huit : compactage à l’aide d’un rouleau mixte bille pneu, pour obtenir un aspect visuel lisse et une bonne résistance.
Le résultat est surprenant. Débarrassée de ses rails et traverses depuis des années, la piste a pris un aspect de chemin de randonnée. Pour la rendre encore plus « vraie » et casser son côté linéaire, l’équipe d’Ecostab l’a fait légèrement serpenter. « Une piste de 36 km, dédiée aux cyclistes, aux promeneurs et aux randonneurs à cheval, c’est plus attrayant quand ce n’est pas droit », souligne Frédéric de Sabata. Les ouvrages d’art (ponts) ont été conservés pour garder l’aspect patrimonial du site. Cinquante mètres de rails ont été conservés en bout de ligne pour rappeler qu’une voie ferrée se trouvait là. La couleur naturelle du sol a été retrouvée. Des arbustes, qui bordaient la piste, ont été sélectionnés et les essences, préservées. Le cadre champêtre n’a pas été altéré. « On a pris le temps de discuter avec la population locale, qui voyait d’un bon œil cette réhabilitation. Le chantier a été bien accepté. Et on a eu de la chance, la pluie nous a plutôt épargnés ».
Une technique reproductible
Parmi les contraintes du chantier, citons le taux de granulométrie. Le cahier des charges stipulait une granulométrie à 0-20. Il a fallu deux passages de broyage pour y parvenir. Le premier passage a permis d’obtenir une granulométrie à 0-60, affiné avec le second. Autre difficulté : la configuration de la piste cyclable, qui a obligé les quatre techniciens d’Ecostab à œuvrer sur 2 m de large. « C’est très rare. D’habitude, on travaille sur 2,50 m. Il a fallu adapter notre mode opératoire à ce dimensionnement ».
Le chantier, qui a débuté en octobre, doit s’achever à la mi-décembre. La livraison définitive de la piste est prévue au printemps prochain. Le chantier (en images et en détail sur wwwecostab.com) est le premier du genre pour cette entreprise midi-pyrénéenne de 10 salariés. « Ce qui a été fait ici peut être transposé sur de la terre brute. Avec la technique utilisée, on peut créer des chemins de randonnée partout, en forêt ou en montagne, sans apport de matériaux » affirme Frédéric de Sabata. Ecostab, qui a, à son actif la réhabilitation du site AZF à Toulouse, est devenue l’une des entreprises leaders dans le broyage. « On fait souvent appel à nous pour les chantiers difficiles et atypiques ».
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