Des carnets de commande garnis à l’export

Des carnets de commande garnis à l’export
Les entreprises françaises de travaux publics continuent à exporter largement leur savoir-faire, leur technicité et leur ingénierie en matière de financement de projets, même s’il leur faut composer avec de nouvelles formes de concurrence.

Au Burkina Faso, au Mali ou à Madagascar, de nombreux villages, villes ou centres économiques, ont été ou doivent être désenclavés grâce à des projets confiés à des entreprises françaises de construction. Car leurs carnets de commandes sont largement garnis à l’international. À titre d’exemple, la construction d’infrastructures routières à l’étranger a représenté pour celles-ci plus de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2007. Le futur tunnel de Chong Ming à Shanghai en Chine, qui doit être livré pour l’exposition universelle de 2010, a été creusé par deux tunneliers, représentant un diamètre record (15,4 mètres sur 120 de long) : les galeries accueilleront une autoroute et une ligne de métro reliant l’île de Chang Xing au district de Shanghai-Pudong ; on retrouve ici aussi la signature française, tout comme dans le cadre des travaux de réfection du célèbre Pont Charles de Prague dont les origines remontent à 1357 ou du futur pipe line destiné à transporter du gaz naturel liquéfié au Yemen ; trois méthaniers s’y approvisionneront chaque semaine dès 2009.
Au total, les chantiers à l’international ont représenté 35,9 % de l’activité totale des entreprises françaises de construction en 2007. Celles-ci exportent ainsi tant leur expertise technique que financière, à travers leur capacité à proposer des montages innovants ou à exploiter les infrastructures qu’elles ont elles-mêmes construites.
L’année 2007 a vu ainsi naître de nombreux et beaux chantiers gérés. « Le poids de l’international a augmenté de 22,4 % entre 2006 et 2007 pour les entreprises françaises de la construction » indique Roger Fiszelson, délégué général du SEFI(1). La demande a été soutenue notamment dans les nouveaux États membres de l’Union Européenne, mais également en Amérique du Nord, où nos entreprises ont aussi remporté des parts de marché par rapport à leurs concurrentes(2). »

Difficile équation chinoise en Afrique

Reste le cas de l’Afrique. Car sur ce terrain, la concurrence chinoise, très vive, est difficile à contrecarrer, « avec de nombreuses distorsions de concurrence ». Les mêmes normes sociales ne sont pas en vigueur dans certaines entreprises chinoises, qu’il s’agisse du niveau de rémunération des salariés, de leur temps de travail quotidien ou de leurs conditions de logement sur place. Cela va même plus loin. On retrouverait ainsi, sur certains chantiers, des prisonniers effectuant des peines d’intérêt général, et certaines entreprises seraient d’ailleurs soutenues, directement ou non, par les pouvoirs publics chinois, ce qui, en principe, devrait leur interdire l’accès aux marchés financés par les bailleurs de fonds internationaux tels la Banque Mondiale… « Il s’ensuit de fortes différences de prix entre les sociétés organisées ainsi et leurs concurrentes à l’international parmi lesquelles, les majors français de la construction ». Le SEFI s’attache à « mettre en évidence lorsqu’elles existent, ces distorsions de concurrence, de façon très précise, pour les porter à la connaissance des différentes instances concernées, dont les organismes de financement à l’international, tout en organisant aussi la riposte avec les représentants des entreprises de travaux publics d’autres pays européens, au sein de la FIEC. » Toutes les entreprises chinoises ne procèdent pas ainsi, ajoute-t-il, « nous prenons garde à éviter tout amalgame et toute généralisation précipitée ».
Il s’agit, « en rétablissant des conditions de concurrence saines, d’enrayer le déclin des parts de marché de nos entreprises sur le continent africain ».
Ces actions, si elles portent leurs fruits, pourraient contribuer à atténuer l’impact du contexte financier international. Si l’année 2008 n’a pas été mauvaise dans l’ensemble - la très bonne tenue du premier semestre compensant globalement l’effritement constaté à partir de juin - 2009 doit voir un recul des mises en chantiers des grandes réalisations dans le domaine de la construction au niveau mondial, dans un contexte économique et financier devenu moins porteur.

(1) SEFI (Syndicat des entrepreneurs français internationaux)
(2) Sur 24,5 milliards d’euros d’activité à l’international des entreprises françaises de construction en 2007, 62,3 % ont été réalisés en Europe et 12,9 % en Amérique du Nord, qui constituent les deux zones dans lesquelles celles-ci sont désormais les plus actives.


Par Sophie Schneider, le 16/01/2009

 
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