La location fait barrage à la morosité

La location fait  barrage à la morosité

Forts d’une croissance soutenue sur toute l’année 2011, les loueurs de matériels n’entendent pas céder à la morosité économique qui s’installe sur fond de crise de la dette des Etats et de plans de rigueur. Ni les perspectives négatives pour l’année 2012 avancées par la fédération française du bâtiment (FFB), ni celles de la fédération nationale des travaux publics (FNTP) ne semblent pouvoir désarçonner, un secteur convaincu de détenir les leviers de son activité.

«Dans ce contexte imprévisible, je suis optimiste pour l’avenir de notre métier », déclarait Bernard Pointet, président du DLR, en ouverture de la 19e journée de la location organisée par le DLR dans les salons de l’Aveyron, à Paris. Il est vrai que la situation macroéconomique a tendance à masquer une réalité que le secteur de la location avait à cœur de souligner. L’année 2011 est une réussite. Elle est synonyme d’accélération de la reprise avec une croissance de 11 % et des carnets de commandes suffisamment remplis pour savoir que le premier semestre 2012 restera porteur. Mieux, avec un chiffre d’affaires global de 3,5 milliards d’euros, le secteur revient aux alentours des standards pré-crise de 2008 (3,7 milliards d’euros en 2007).
Même l’annonce des mesures d’austérité du gouvernement (réduction du Scellier, restructuration du PTZ+, augmentation de la TVA de 5,5 % à 7 % au 1er janvier 2012) contribue à dynamiser le marché en cette fin d’année. Et pour cause, chacun veut profiter des aides avant qu’elles soient révisées ou ne disparaissent. « Les Scelliers se signent à la pelle en cette fin d’année que nous terminons en trombe », résume Bertrand Carret, président du groupe location du DLR. Bien décidé à séparer le bon grain de l’ivraie dans la cacophonie des commentaires prédictifs, Bertrand Carret ne croît pas non plus qu’une année d’élection rime forcément avec activité en berne. « En 2007, je ne me rappelle pas être passé par une mauvaise année », ajoute-il, non sans une certaine ironie. Malgré tout, le second semestre 2012 s’annonce compliqué pour le BTP et personne ne le nie. Eric Quinton, qui s’exprime au nom de la FFB, prévoit une entrée en récession du secteur du bâtiment à cette période, qui devrait avoisiner les - 1,9 % en volume d’activité. Nicolas Leleu, économiste pour la FNTP, n’est pas vraiment plus optimiste même si les grands projets (LGV Sud Europe Atlantique et Bretagne Pays de Loire) ou encore les projets d’infrastructures urbaines, type tramway, ouvrent des perspectives pour 2013. Il met tout de même en garde les professionnels, contre l’effet d’optique de « l’arbre qui cache la forêt » en soulignant que les travaux routiers continuent de stagner au détriment de la qualité de nos chaussées, au même titre que les projets ruraux dans leur ensemble. On l’aura compris, l’économie ne sera pas au mieux en 2012. Economiste attitré du DLR, Nicolas Bouzou du cabinet Asterès, prend les devants et anticipe « sur une récession qui sera moins forte que celle de 2008. […] Je ne crois pas à une baisse brutale de 15 %, mais 4 % c’est possible ».
Raison de plus pour la location d’affûter sa stratégie pour négocier au mieux cette période, d’autant que le secteur a des arguments à faire valoir et des leviers à actionner pour tirer son épingle du jeu. Parmi ceux-ci, l’adaptation de la structure des entreprises de location et de leur offre à la demande figure en bonne place. « Aujourd’hui, les loueurs proposent des prix à des conditions de longues durées sur de courtes durées, et perdent en rentabilité », souligne le président du DLR, Bernard Pointet. Etre plus souple, plus léger et donc, plus réactif, tels sont les objectifs que se fixe un secteur qui veut également innover dans son organisation et ses relations commerciales grâce, notamment, au développement des systèmes d’information (plateforme Internet, solutions pour tablettes, smartphone…). N’oublions pas non plus, que l’offre locative est également une alternative qu’affectionnent les entreprises de construction en période de vache maigre. Contraintes de réduire leurs coûts, elles devraient être nombreuses à préférer jouer la sécurité en louant plutôt qu’en achetant du matériel. Face au défi que constitue l’obtention de crédit auprès de banques, la location ne s’avance pas non plus sans arme.
« Après une très bonne année 2011, nos bilans, s’ils sont bien présentés, seront des atouts pour convaincre les banques », assure Bertrand Carret. Mais au-delà de ces différents éléments, les professionnels du secteur entendent d’abord faire barrage à la montée d’une peur qui paralyserait le marché plus que de raison. « Lorsque nos équipes ne se préparent qu’au pire, elles en oublient de préparer le meilleur », rappelait Hervé Cohade, Président d’Eurofor – Foraloc.



Par Jérémy Bellanger, le 12/12/2011

 
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