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« Port 2000 » joue les prolongations

BTP Magazine I Juin 2008 N° 220


Pour faire du Havre, la capitale française du conteneur et de l'estuaire de la Seine, un pôle majeur du trafic conteneurisé en Europe, le Port Autonome du Havre (PAH) poursuit la modernisation et donc l’extension des infrastructures de « Port 2000 » entreprise en 2001.

Pour faire du Havre, la capitale française du conteneur et de l'estuaire de la Seine, un pôle majeur du trafic conteneurisé en Europe, le Port Autonome du Havre (PAH) poursuit la modernisation et donc l’extension des infrastructures de « Port 2000 » entreprise en 2001. Déjà, en première phase du projet, 1,3 milliard d'euros a été investi dans de très grands travaux dont la construction des quatre premiers postes à quai inaugurés en mars 2006, soit 1 400 m de quais. Aujourd’hui, le chantier entre dans une deuxième phase avec la construction de 2 100 m de quais, équivalent à six postes supplémentaires.

Les travaux destinés à prolonger de 2 100 m le quai de « Port 2000 » ont été confiés par le Port Autonome du Havre (PAH) au groupement Solétanche Bachy (Mandataire) et Atlantique Dragages (Groupe Boskalis).
Contractuellement, le chantier a été découpé en trois lots distincts situés de part et d’autre du quai existant en exploitation depuis 2006 : le lot A à l’amont (postes 6, 7, 8), le lot B à l’aval (poste 5) et les postes 9 et 10. Dans cet article nous nous attacherons à décrire le projet dans sa globalité.
Dans l’ordre des travaux à réaliser :
-    l’exécution d’une paroi au coulis pour l’étanchéité provisoire de la zone de travaux, ancrée à une profondeur de 42 m dans les argiles réputées imperméables du site ;
-    la réalisation d’une paroi moulée d’une épaisseur de 1 500 mm pour le lot A (à l’amont des postes existants) et de 1 200 mm pour le lot B (à l’aval), chacune également ancrée à 42 m dans les argiles ;
-    le rabattement de la nappe par puits de pompage ;
-    le terrassement en avant sous-traité à la société Semen TP (Groupe Charrier) ;
-    le génie civil (sous-traité à l’entreprise Quille) comprenant : la construction de la poutre de couronnement et du masque d’accostage,
-    Les terrassements à l’arrière du futur quai (Semen TP) ;
-    la mise en fiche d’un rideau de palplanches Arcelor pour l’accroche des deux lits de tirants (non tendus) destinés à limiter les déplacements de la paroi moulée une fois les dragages réalisés à l’avant de l’ouvrage ;
-    le remblaiement de la fouille
-    enfin, la construction des apparaux de finition, autrement dit le « mobilier » du quai (poutre du rail arrière des portiques, bollards d’amarrage, défenses, rails de roulement des portiques, échelles, …).
Le montant global des travaux est de 217,5 M€ soit environ 35 M€ par poste à quai. « Exception faite des équipements de levage et de manutention des conteneurs, nous livrons le chantier pratiquement clé en main. C’est d’ailleurs l’un des plus gros chantier en montant de travaux jamais réalisés par Solétanche Bachy depuis la construction du barrage de Yacyreta érigé à la frontière de l’Argentine et du Paraguay dans les années 80 ou encore le lot 501 pour les fondations du terminal ferroviaire de Hong Kong en 1994 », souligne Bernard Flaugère, directeur de Travaux du groupement.
Une fois les ouvrages de génie civil et de paroi achevés, l’enlèvement de la digue d’enclôture et les opérations de dragage à l’avant du quai à – 18.50 CMH pour les postes 6 à 10 et à – 15,50 CMH pour le poste 5, pourront alors commencer. Elles ont été confiées à Atlantique Dragages, filiale de Boskalis, un spécialiste en la matière. Une partie des déblais extraits sera rejetée en mer, une autre partie mise en remblais hydraulique dans les casiers Ouest et Sud du site afin d’être plus tard réutilisée par le PAH pour les besoins d’autres chantiers. « Les mouvements de matériaux, qu’ils soient terrestres ou maritimes, vont nécessiter une gestion complexe entre les terres de mauvaise qualité à évacuer en décharge et les bonnes terres destinées à être réutilisées », précise Bernard Flaugère.
Au total, ce sont près de 6 millions de mètres cubes de matériaux qui doivent être mis en œuvre en remblais/déblais et plus de 5,7 millions de matériaux de dragage.
Pour réaliser les 132 000 m2 de parois moulées et les 192 800 m2 de parois plastiques des lots A, B et des postes 9&10, les moyens matériels mis en œuvre sont à la hauteur des enjeux. Par chantier : une Hydrofraise « Evolution-5 » à enrouleur pour la perforation des panneaux de paroi moulée, deux bennes hydrauliques de type KS pour la paroi au coulis et une benne à câble pour les pré-excavations et l’extraction des joints CWS, soit quatre outillages par chantiers associés aux deux centrales de traitement des boues (MAB et Sotrès).
Et c’est sans compter les grues sur chenilles de gros tonnage - une Sennebogen de 200 t louée à Mediaco et une Liebherr de 450 t louée à Sarens - chargées de lever et de mettre en place dans les excavations les cages d’armatures des panneaux de parois. Des éléments préfabriqués à même le site par la société Cepa de 42 m de long, de 6 m de large, d’un poids de 50 t.


« Port 2000 » fer de lance de la politique de développement du Havre

Edifié en quatre ans, Port 2000 a été le plus vaste chantier maritime mené en France depuis la création des bassins de Fos-sur-Mer, il y a 46 ans. Les travaux titanesques, qui ont débuté fin 2001, ont nécessité le dragage de plus de 46 millions de m³ de matériaux, dont la moitié a été utilisée pour la construction des digues et terre-pleins. C'est dans ces terrains déjà remblayés il y a 40 ans qu’a été construit le premier quai de 1 400 m à ce jour en exploitation. À terme, l’objectif est de disposer de 2 800 m de quai, soit l’équivalent de 12 postes à quai permettant l’accostage de navires en toutes conditions, à la fois de marées et de météorologie. C’est la raison des travaux actuels réalisés pour l’édification de 2 100 m de nouveaux quais qui vont s’ajouter aux 1 400 m de première phase dont l’inauguration a eu lieu en mars 2006. À cette occasion, Paul Scherrer, directeur technique du PAH devait souligner : « grâce à Port 2000, nous allons pouvoir tripler la capacité du port autonome et la porter à 6 millions de conteneurs par an ».
Par ailleurs, outre la prouesse technique et l'aspect colossal des travaux, les collectivités locales espèrent vivement des retombées sociales à l'essor de « Port 2000 ». Selon la direction du PAH, environ 2500 emplois nouveaux devraient être créés.


On ne change pas une politique qui gagne

Le rachat en 2007 de Solétanche Bachy par Vinci n’aura pas bouleversé son fort développement. Pour preuve, le chiffre d’affaires du groupe français présidé par Remi Dorval (1) est passé de 700 M€ en 2003 à 1,4 Md€ en 2007, dont 75 % réalisés à l’international et 25 % en France, pour un effectif total de 8000 personnes.
À l’international, notamment en Europe de l’Est plusieurs grands chantiers de fondations sont en cours ou en attente de démarrage parmi lesquels : la tour Russia à Moscou conçue par l’architecte britannique Norman Foster, un édifice de 612 m qui sera le plus haut d’Europe, et le projet New holland à Saint-Pétersbourg également dessiné par Norman Foster.
La Grande-Bretagne constitue également pour Bachy Solétanche Ltd un point d’ancrage intéressant. Après la livraison en 2007 de la gare St Pancras et de plusieurs contrats liés à la « High speed 1 », de nouveaux projets de grosses infrastructures sont en étude.
Au Grand International, Solétanche Bachy poursuit son développement dans les Pays du Golf dans la foulée des fameux « Palms Island » de Dubaï, mais aussi en Asie, à Singapour en particulier où le groupe achève plusieurs contrats : complexes touristiques, hôtels, casino, lots de métro…, enfin en Afrique du Sud qui devient une base régionale de S. B. Dans ce dernier pays, plusieurs projets sont à l’étude dans la perspective de la coupe du monde de football de 2010. En particulier le projet du « Gautrain » dont l’objectif est de décongestionner la région du Gauteng et de faciliter les liaisons entre Johannesburg et Pretoria.
(1) Depuis janvier 2008 Remi Dorval assure la présidence de Solétanche Bachy. Il remplace à ce poste Jean-Pierre Lamoure qui reste président de la holding Solétanche SA.



P. Nadal


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