Quand les industriels du béton s’en mêlent
Par Pascal Graindorge - 02.10.08 - Magazine BTP Matériaux
Avec moins de vingt employés, comment une société d’origine familiale se distingue à ce point, d’une part dans sa région Nord Pas-de-Calais pour la semaine du développement durable, d’autre part par rapport à l’ensemble des confrères de l’industrie du béton ? C’est toute la valeur de Biallais industries.
Dans le cadre de la Semaine nationale du développement durable, la CCI Grand Lille a organisé une réunion développant analyse théorique et réflexion concrète à l’attention de partenaires économiques situés dans le nord-ouest du Pas-de-Calais. Biallais Industries a servi de cadre à cette opération pédagogique.
Biallais Industries est une petite société employant moins de vingt personnes. Damien Biallais rappelle qu’une première activité a été créée en 1954 par son père Aimé Biallais, « petit paysan qui a préféré creuser la terre pour en extraire sables et graviers. Je suis rentré dans l’entreprise en 1969 avec une expérience d’expert-comptable pour en devenir gérant en 1985, la société devenant une SARL. En 1979, nous avons démarré la fabrication des parpaings, puis celle des blocs apparents vers 1990. En 2004, nous avons fini l’activité de carrière. Et tout récemment en 2006, mon fils Bruno, ingénieur ENSAM, est rentré dans l’entreprise afin d’assurer la succession ».
Pas de résurgence pour la chaux libre
Avant d’être remarqué pour une démarche de développement durable, Biallais Industries s’est distingué par la recherche de produits de qualité. En témoigne la mise au point de produits qui ne sont pas victimes de la résurgence de la chaux libre, laquelle se transforme en efflorescence. Au début des années 1990, Damien Biallais avait récupéré les résultats d’une thèse développée par Jean Perrat à l’INSA de Lyon. Mais il a fallu ensuite trois années pour passer de la thèse et des essais en laboratoire à la mise au point de produits industriels.
En premier lieu, des blocs apparents dont la mise en œuvre pouvait être gâchée par les mortiers disponibles, qu’ils soient d’origine industrielle ou fabriqués par les soins des maçons. Damien Biallais précise que « la garantie d’absence d’efflorescence sur les blocs apparents dépend d’une période de cure durant huit à vingt-huit jours, en fonction de la teinte et de la température ambiante ».
Biaillais industries a ensuite mis au point le Biamortier, un mortier coloré garanti sans efflorescence. Ce liant à base de ciment adjuvanté concerne les murs apparents en briques qui sont tant répandus dans le Nord Pas-de-Calais et qui sont obligatoires pour toutes les maisons neuves depuis des décennies. Le Biamortier est diffusé dans le Nord de la France et dans d’autres régions par le biais de négoces en matériaux de construction. La société a prolongé cette réussite en développant une Biacolle qui est un mortier sans joint pour blocs collés.
Ces blocs colorés, mortiers et colles sont des produits plus esthétiques, plus performants sur les chantiers. Le soin nécessaire à la production de ces produits a été prolongé — positivement — vers une amélioration continue de l’outil de production. Ainsi, les déchets sont triés sur place et les fins de fabrication sont recyclées. Les emballages pour les blocs décoratifs ont été réduits de moitié. Quand cela est possible, la société utilise des ciments à base de laitier, le recyclage d’un déchet de la sidérurgie. De plus, vu les aspirations de la clientèle pour les teintes claires, 80 % des blocs décoratifs sont fabriqués sans ajout du moindre colorant. Et depuis mai, le site dispose d’une nouvelle centrale à béton qui permettra de recycler plus facilement les rebuts de production.
Une salle d’expo d’avance !
Le siège de la société dispose maintenant d’une salle d’exposition de ses produits et de la filière de l’industrie du béton tout à fait intéressante, mise au point en coopération avec le CERIB. On propose un écorché des trois parois extérieures d’une maison individuelle neuve. Philosophie générale : par rapport à la réglementation thermique 2005, une maison à basse consommation (de type bâtiment à basse consommation BBC de la prochaine réglementation thermique 2010 ou 2012), c’est possible :
• pour le plancher sur vide sanitaire, des hourdis en polystyrène et un isolant sous chape flottante procurent un R valant 4,81 m2.K/W ;
• pour les murs, 160 mm de polystyrène extrudé en deux couches insérées entre mur porteur intérieur et parement extérieurs en blocs apparents ; on obtient un R de 5,16 m2.K/W ;
• pour les combles non occupés, deux rouleaux de laine de verre superposés de 200 mm chacun procurent un R de 11,43 m2.K/W ;
• on ajoute une porte d’entrée très isolante, des baies à double vitrage (le triple vitrage viendra peut-être), une VMC double flux, des capteurs solaires pour le ballon d’eau chaude sanitaire, un chauffage géothermique, etc.
Bien évidemment, Damien Biallais reconnaît que « nous ne sommes pas cmiste, mais nous nous sommes dit que c’était un bon moyen afin de parler HQE en montrant entre autres nos produits en situation concrète ».
Pour résumer, le développement durable c’est le respect de l’environnement, lié au progrès social et sociétal, le tout sans oublier l’efficacité économique. Et bien entendu, toutes ces évolutions positives ne seraient pas possibles sans de nombreux partenariats développés avec le l’AFNOR, la CCI, CERIB, le CSTB, la DRIRE, Saint-Omer développement, les IUT d’Artois et de Lille 3 et enfin, l’Unité de recherches en génie civil des matériaux de l’INSA de Lyon.
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