Hommes & Métiers
De l’art d’échafauder
Par Matthieu Challier - 26.09.08 - BTP Magazine
Ils font leur apparition dès que les chantiers prennent de la hauteur. Qu’ils soient de pied, roulants, suspendus ou en encorbellement, les échafaudages sont synonymes de travaux. Tous les professionnels du BTP sont donc concernés par les évolutions réglementaires et normatives des matériels d’échafaudages. Mais le changement le plus important de cette nouvelle réglementation, c’est l’obligation de formation des personnels. L’objectif ? Harmoniser les pratiques et renforcer la sécurité.
« En matière d’échafaudages, tout s’est passé en 2004, tant sur le plan réglementaire et normatif qu’au niveau de la formation », explique Patrick Rossignol, chargé des questions techniques du Syndicat français de l’échafaudage, du coffrage et de l’étaiement (SFECE). L'évolution réglementaire résulte d’une directive européenne de 2001 sur le travail en hauteur. Les textes qui la transposent, et notamment le décret 2004-924 du 1er septembre 2004, portent sur la mise en œuvre et l'utilisation des échafaudages.
Le changement le plus important de cette nouvelle réglementation concerne la formation des personnels. L'article R.233-13-31 du décret, introduit dans le Code du Travail, rend désormais la formation obligatoire : « Les échafaudages ne peuvent être montés, démontés ou sensiblement modifiés, que sous la direction d'une personne compétente et par des travailleurs qui ont reçu une formation adéquate et spécifique aux opérations envisagées. »
L'obligation de former les personnels
Cette nouvelle obligation est significative d'une prise de conscience : celle de l'importance de ces matériels dans la construction, ainsi que de leur complexité intrinsèque qui rend indispensable la maîtrise d'un minimum de connaissances et de compétences afin de garantir des conditions de mise en œuvre et d'utilisation pleinement sécurisées.
Ce décret met en évidence la diversité des configurations. Un échafaudage de façade de bâtiment ne se montera pas de la même façon, et ne fera pas appel aux mêmes savoir-faire, qu'un échafaudage de clocher… ou que d’un réacteur nucléaire.
Le SFECE a justement élaboré une offre de formation complète dans le domaine de l'échafaudage de pied, avec sept référentiels tenant compte des différents postes impliqués dans la conception, le montage/démontage, l’utilisation et la vérification du matériel :
- monteur d'échafaudages, formation pouvant être validée par un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP), validation officielle qui permet de sanctionner des connaissances théoriques et pratiques ;
- aide-monteur ;
- chef d'équipe ;
- réception/vérification/conformité ;
- technicien Bureau d’études ;
- technicien Conception d’échafaudages ;
- une formation de remise à niveau des monteurs.
Les métiers de l’échafaudage étant par nature transversaux aux différents métiers du bâtiment, l'obligation de former les personnels à l'utilisation des échafaudages a provoqué une véritable onde de choc dans le secteur du BTP. Des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées du jour au lendemain, face à cet impératif.
« Pour satisfaire l’énorme demande, notre syndicat a créé un référentiel spécifique de monteur-utilisateur permettant de mettre en place de manière officielle, une formation adaptée pour ceux dont l’échafaudage n’est pas le métier mais qui l’utilisent quasi quotidiennement, explique Patrick Rossignol. Mais trop d’entreprises forment encore leurs échafaudeurs sous la seule pression de la réglementation et recherchent des formations au rabais pour seulement être en règle. »
Et la sécurité dans tout ça ? Quand on pense échafaudages, c’est tout de suite le risque de chute qui vient à l’esprit. Et en 2006, 2 872 utilisateurs en sont effectivement tombés, selon l’INRS. S’il ne cherche pas à minimiser le risque, le syndicat tient à préciser que ces chiffres représentent surtout des utilisateurs non spécialisés et donc pas forcément formés. Car pour les professionnels spécialisés dans le secteur, l’enjeu est ailleurs. « Notre vrai problème en matière de santé et de sécurité, ce ne sont pas les chutes, mais les traumatismes du squelette liés à la manutention, et à l’âge de 50 ans, les gars sont cassés. C’est ce qui pollue notre profession », note Patrick Rossignol.
Pour y remédier, le syndicat préconise la poursuite des efforts fournis pour la formation et sur l’ergonomie : de la diminution du poids des pièces (avec des aciers toujours plus performants) à la simplicité du montage, en passant par la réduction de longueur des trames. Et Patrick Rossignol de lancer : « D’accord, l’échafaudage, ce n’est pas la fusée Ariane… mais on peut quand même améliorer les matériels, et ça va continuer. »
« Monteur-Utilisateur » : pour les non spécialistes
Une formation de Monteur-Utilisateur d’échafaudages est désormais disponible à destination des autres corps d’état qui utilisent des échafaudages dans l’exercice de leur profession.
Comme l’explique Denis Brillault, directeur de Conform, un organisme de formation spécialisé dans le domaine : « Il s’agit d’une formation qui répond expressément à la recommandation R408 de la Cram, et s’adresse à un public dont l’échafaudage n’est pas le cœur de métier mais qui l’utilise régulièrement. Son contenu est donc un peu moins dense puisqu’il répond à une logique singulière : un même matériel dans un même contexte et pour une même utilisation. »
Conformément au référentiel mis en place par le SFECE en concertation avec l’INRS et la Cram, la formation dure deux jours et doit permettre de connaître les risques propres à sa fonction et les moyens de les maîtriser.
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