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Dossier : Fibre optique
Magazine Réseaux VRD I Septembre 2008 N° 156
"Easyfiber vers une exploitation sous licence", "FTTH : libérer la fibre ! ", "Un débit d’avance pour la Manche", "Gilles Quinquenel, président du syndicat mixte Manche Numérique : «Ne pas miser uniquement sur la fibre optique»"
Easyfiber vers une exploitation sous licence
Utiliser les réseaux d’assainissement pour accueillir la fibre optique : il suffisait d’y penser! Le procédé Easyfiber, lancé sur ce principe il y a un peu plus d’un an par la société Sogetrel, primé depuis, commence sa percée commerciale. Il devrait prochainement pouvoir être exploité sous licence par les opérateurs télécom et prestataires de services en assainissement. Sogetrel développe actuellement de nouvelles solutions destinées à déployer la fibre optique sur les derniers mètres dans le cadre de réseaux FFTH. Entretien avec Frédéric Zimer, son président.
1°) Le procédé Easyfiber a été distinguée par un trophée lors du salon des maires 2007 (SMCL)... Rappelons ses avantages essentiels?
Destiné à la pose de câbles optiques de télécommunication en égouts de faible section non accessibles à l’homme, Easyfiber permet de déployer des réseaux de télécommunication en utilisant comme infrastructure les canalisations d’assainissement, sans altérer leur fonctionnement ni leur pérennité. Cette technologie est idéale pour la fibre optique à très haut débit, dont le déploiement suppose des travaux de génie civil. Elle évite les tranchées, se met en œuvre à partir d’un atelier réduit à une camionnette et trois techniciens. Elle valorise le patrimoine en donnant aux réseaux d’assainissement une nouvelle fonctionnalité génératrice de recettes pour la collectivité. Elle fait appel à un robot qui installe une gaine dans laquelle la fibre optique est tirée. La gaine est plaquée contre la voûte des canalisations, maintenue en place par des clips métalliques in corrodables qui assurent un maintien robuste, résistant aux opérations de curage les plus agressives.
Elle a été développée en partenariat avec un des plus grands exploitants de réseaux d’assainissement, totalement respectueux des contraintes d’exploitation des réseaux.
2°) Quelles sont ses références?
La commercialisation a commencé en octobre dernier, avec déjà des références significatives :
- Equipement de la zone d’activité innova 3000 à Thaon les Vosges
- Raccordement optique du campus universitaire de Tours au réseau métropolitain de la Ville
- Raccordement d’une station du GSM-rail au réseau de transmission ferroviaire
- Desserte de la zone d’activité de Beauregard à Brives la Gaillarde
-Raccordement d’un NRA au backbone pour le compte de FREE à St Paul 3 Châteaux dans la Drôme (en cours).
Ajoutons à cela de nombreux projets en étude ou négociation, à la Roche sur Yon, Sedan, Albert (80), Vendôme, Massy-Palaiseau, Tours, ou dans le Pays Voironnais. A l’étranger, une société est en constitution avec un partenaire espagnol pour l’exploitation d’Easyfiber dans le cadre du développement de projets FTTH sur le territoire Ibérique.
3°) Quels sont vos objectifs en termes de marché?
Easyfiber vise, dans sa solution de base, le marché du déploiement de fibre optique en domaine public. Les débouchés principaux sont :
- La réalisation des réseaux métropolitains des collectivités locales, segment particulièrement favorable si la collectivité a la maîtrise complète du réseau d’assainissement et du projet télécom.
- Le déploiement des réseaux FTTH par les opérateurs télécom. Easyfiber apporte ici une solution complémentaire, qui contribue à faire baisser le coût à la prise installée et peut s’imposer comme solution unique dans les zones où une ouverture de tranchée n’est pas autorisée.
- La desserte interne de zones d’activité constitue un marché de prédilection pour Easyfiber ; il s’agit souvent de réseaux d’assainissement récents qui se prêtent bien à son déploiement. Les voiries des zones d’activité sont des chaussées à structure renforcée pour accepter le trafic des poids lourds. Le coût d’ouverture de tranchées et les dommages causés sont élevés, ce qui renforce la pertinence de notre procédé.
Il lui manque un développement vers le bas de la gamme des canalisations équipables, pour accéder directement aux immeubles par des conduits de faible section (150 à 300mm). En cours, il s’achèvera dans les prochaines semaines, proposé sous le nom de «BabyFiber». Parmi plusieurs avancées techniques en gestation, il donnera lieu à un dépôt de brevet.
Enfin, nous nous orientons vers une exploitation sous licence, accessible aux installateurs télécom, voire aux prestataires de services en matière d’assainissement (expertises, curage, réhabilitation de canalisation).
4°) A quels débats en cours concernant le FTTH portez-vous un intérêt particulier?
Deux dossiers sont l’objet de notre attention : l’ouverture à la concurrence des fourreaux de l’opérateur historique et la mutualisation des colonnes montantes en immeubles. Certains opérateurs qui on décidé de se lancer dans des déploiements FTTH freinent leurs investissements dans l’attente de cet arbitrage. Leurs projets devraient connaître une forte croissance une fois le contexte réglementaire éclairci.
FTTH : libérer la fibre !
Si l’Hexagone a bien rattrapé son retard en matière de desserte numérique haut débit, alors que se profile une nouvelle étape, celle de la fibre jusqu’à l’abonné, (FTTH), plusieurs questions restent en suspens et freinent le déploiement de l’infrastructure, du réseau aux immeubles. Différentes mesures dans le cadre du projet de loi dit «de modernisation de l’économie» doivent être adoptées au printemps pour les régler.
D’ici à 2012, chaque Français devra pouvoir avoir accès dans de bonnes conditions à l’Internet haut débit fixe et mobile. Les services numériques sont appelés à se développer, annonçant une nouvelle économie. Chacun de nous pourra bénéficier d’une assistance à domicile, pratiquer le télé-travail, l’e-éducation, bénéficier de conseils et de soins médicaux… Nos modes de vie vont donc profondément changer une fois de plus.
Si les années 1960 ont vu la mise en place sur tout l’Hexagone du réseau de téléphonie fixe, ce début de 21ème siècle correspondra, dans les livres d’histoire des générations futures, à l’avènement de la fibre optique vers l’abonné. Mais cette nouvelle grande évolution technique exige des conditions préalables.
Le 13 février dernier, Christine Lagarde, ministre de l’Economie et Hervé Novelli, alors secrétaire d’Etat aux Entreprises et au Commerce Extérieur – le portefeuille du tourisme lui a été attribué après le remaniement suivant les élections de mars 2008 - réunissaient, pour la deuxième fois, le comité du très haut débit.
Constitué au niveau national fin 2007, cette instance de réflexion compte des représentants des opérateurs et équipementiers, des syndics de copropriété, des utilisateurs et des personnalités qualifiées. Son but est d’identifier les obstacles au déploiement de solutions FTTH et de définir des solutions pour les lever (lire l’entretien page suivante).
Dans la foulée, dans le cadre du projet de loi «de modernisation de l’économie» qui doit être présenté au Parlement ce printemps, différentes mesures doivent accélérer le déploiement de la fibre optique vers les foyers.
Le comité a retenu quatre grands axes de travail :
-réduire les coûts des travaux de génie civil
-faciliter le câblage des immeubles en fibre optique
-permettre un accès de tous aux futurs réseaux
-renforcer la R&D et le développement d’usages liés à l’utilisation du très haut débit.
Passage obligatoire en fourreaux…
L’accès aux immeubles par les opérateurs doit être facilité par une convention entre ceux-ci et les copropriétaires. Une autre mesure du projet de loi de ce printemps 2008 résidera dans le pré-câblage en fibre optique des logements et bureaux neufs qui se traduira par un label «logements multimedia». Pour l’instant, cependant, il n’est pas prévu de le rendre obligatoire. Le numérique pourrait donner lieu par ailleurs à un label «zones d’activités à très haut débit». Un pas décisif résiderait aussi dans la mutualisation des coûts, qui, pour l’instant, reste peu pratiquée. France Telecom se montrant jusque-là assez peu empressé de communiquer à d’autres opérateurs ses plans de déploiement de la fibre optique. La connaissance précise des réseaux existant est souhaitée aussi par les collectivités locales.
Sur le plan technique, différentes solutions ont été mises au point pour déployer la fibre optique, dont l’utilisation des réseaux haute et très haute tension de RTE, le tirage, le soufflage ou le portage… Des recherches ont abouti à la définition de procédés innovants, utilisant les canalisations d’assainissement. Dans certains départements, à l’image de la Manche, tout chantier sur les réseaux enfouis dans le sol donne lieu à la pose de fourreaux… (lire nos articles en pages suivantes).
Concernant le génie civil, il s’agit tout à la fois de faciliter l’accès au génie civil existant ; de faire pratiquer des montants de redevances avantageux pour les fourreaux vides, dégressifs selon leur taux de partage ; de réutiliser les câblages aériens électriques ou téléphoniques pré-existants. Il s’agit aussi de recourir aux fonds structurels européens sur le plan financier… Ce dossier fait le point.
Un débit d’avance pour la Manche
Le département de la Manche a une longueur d’avance en matière de déploiement d’une infrastructure numérique. A présent, le déploiement de dessertes FFTH en cours actuellement s’accompagne d’un certain nombre de problèmes juridiques, illustrant la situation qui prévaut au niveau national.
Avec la création en 2004 du syndicat mixte Manche Numérique, sous l’impulsion de Jean-François Le Grand, Président du Conseil Général, les collectivités manchoises ont centré leur aménagement autour de trois grands enjeux.
Après la couverture totale du territoire en haut débit et le développement de la concurrence sur l’ensemble du territoire, le département est entré dans l’ère des usages numériques.
Plus récemment, a été arrêté l’objectif de desservir l’abonné en fibre optique. 20% à 35% de la population manchoise devrait bénéficier d’une desserte FTTH, d’ici à 2013. Une ambition rare dans un département rural et de plus financée sur fonds privés.
C’est ainsi que, d’ici à septembre 2009, sur le département, 26 000 prises seront raccordables en FTTH à Cherbourg et Saint Lô. Manche Telecom, délégataire de service public, s’est engagé à livrer les sites techniques nécessaires avant cette date.
Sur le plan contractuel, Manche Numérique a modifié le contrat de délégation de service public passé initialement avec Manche Telecom. Cette évolution a permis d’intégrer ce nouveau périmètre technologique en décrivant spécifiquement les modalités de financement et de déploiement du nouveau réseau.
Comme le précise JC Boyard, au sein de Manche Numérique, en charge du déploiement des ouvrages de télécommunication haut débit (construction des réseaux de fibre optique), du suivi et du contrôle du délégataire de service public : «dans le cadre de la desserte FTTH , deux étapes existent : la réalisation de l’artère principale qui dessert et raccorde les grands centres départementaux ; la mise en place de la capillarité des centraux techniques (NRO) vers les administrés.
La première partie a été assurée par Manche Numérique sous maîtrise d’ouvrage publique. A cette occasion, un partage des infrastructures a été réalisé avec 9Télécom et Cegetel. Tous deux ayant fusionné et compte tenu du fait que la quasi-totalité des réseaux du département sont propriété de France Telecom ou de Manche Numérique, la question du partage d’infrastructures ne se pose plus à ce niveau.
Concernant la desserte des particuliers ou entreprises - aspect le plus important - à ce jour aucun opérateur n’a souhaité déployer son réseau en propre. Il semble peu probable de voir un tiers relever une telle ambition. Là aussi, le partage d’infrastructure, lorsqu’il se fera, se résumera à un échange entre France Telecom et Manche Numérique. Si cette question n’est pas réglée au niveau national avec l’ouverture par la loi du réseau de France Telecom, ce partage interviendra sous la forme d’un contrat cadre, évitant de multiplier les accords au cas par cas».
Pour le reste, les contraintes administratives sont gérées par Manche Telecom. «Manche Numérique apporte cependant son appui à son délégataire lors de ses négociations auprès des bailleurs publics et privés. Le fait que Manche Numérique et son délégataire proposent de déployer un réseau public ouvert à tous les opérateurs, favorisant ainsi la concurrence et la non-discrimination, constitue bien sûr un atout».
Le conseil général de la Manche s’est intéressé très tôt à la couverture numérique, poussé par la géographie et la volonté de contribuer au développement économique. Au début des années 2000, c’était aussi un saut dans l’inconnu, alors que les technologies de l’information et de la communication évoluaient rapidement, sans qu’il soit possible réellement de prévoir leurs configurations futures. Un choix multi technique a été privilégié pour déployer les infrastructures, adapté aux besoins sur le terrain, alliant fibre optique, en sous-sol comme sur les réseaux haute tension de RTE, Wifi et courants porteurs en ligne. A ce jour, 99,99% du territoire de la Manche est desservi en technologies numériques avec une bande passante représentant au moins 2 mégabits. 144 des 149 centraux actuels de France Telecom sont dégroupés. Au départ en ADSL, le réseau évolue vers la symétrie du signal, permet tant d’envoyer des données que d’en recevoir. Avec neuf opérateurs, les coûts d’accès dans la Manche sont identiques à ceux que l’on retrouve dans toutes les grandes villes : la concurrence a entraîné une baisse des tarifs ici aussi. La Manche a été l’un des tous premiers départements de France à réaliser une délégation de service public haut débit, visant un équilibre financier dans 15 ans. Sur le plan financier, sur 70 millions d’euros prévus initialement, seuls 28 millions auront été dépensés dans le déploiement du réseau haut débit. A présent, le déploiement du réseau FTTH est financé par le délégataire.
Gilles Quinquenel, président du syndicat mixte Manche Numérique : «Ne pas miser uniquement sur la fibre optique»
Président du syndicat mixte Manche Numérique, vous êtes à ce titre membre du comité de travail constitué par Christine Lagarde, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, pour identifier et lever les obstacles au déploiement de la fibre optique ; quels éléments suivez-vous dans ce cadre avec une attention particulière ?
Le groupe de travail constitué fin 2007 au niveau national à l’initiative de Christine Lagarde, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi et d’Hervé Novelli, alors secrétaire d’Etat chargé des Entreprises et du Commerce Extérieur, a tenu une réunion le 13 décembre et une seconde le 13 février. Manche Numérique y siège et fait entendre, aux côtés des associations d’élus, la voix des collectivités locales.
Il s’agit d’identifier et de lever les obstacles au développement de la fibre optique jusqu’à l’abonné et de proposer des mesures pratiques destinées à l’accélérer, pour que le très haut débit arrive de façon structurée dans les villes comme dans les territoires ruraux. Un des premiers enjeux était de réaffirmer la place des collectivités territoriales comme acteurs du développement numérique. Un groupe de travail spécifique doit être créé les concernant au sein du groupe de travail.
Il faut veiller à la prise en compte des difficultés spécifiques relatives aux territoires ruraux et petites agglomérations qui présentent une faible densité de population pour un espace géographique étendu. Cela peut passer notamment par système de péréquation financière dans le cadre des aides liées à l’aménagement du territoire en France et en Europe. Il s’agit de reconnaître ces enjeux spécifiques. Le fait que les habitants ruraux disposent de la fibre jusqu’à l’abonné comme ceux des zones plus denses constitue un élément qui concourt à l’attractivité de ces territoires. Le numérique donne lieu et donnera lieu à des usages très variés en termes de services, dont l’utilisation par les médecins, pour la prise en charge des personnes âgées, pour l’enseignement, la relation avec les administrations….
Un autre enjeu réside dans la connaissance précise des réseaux de télécommunications qui traversent et desservent nos territoires, pour lesquels France les opérateurs versent une redevance d’utilisation du domaine public. Au sein de Manche Numérique créé en 2004, nous avons effectué une telle demande. France Telecom qui figure au sein du comité de pilotage a assuré que ces informations seraient disponibles.
L’idée dans la Manche pourrait être de mutualiser ces recettes dans un fond partagé et de les mettre à disposition pour le déploiement de la fibre optique en souterrain. Dans le département, nous avons lancé le slogan «travaux = fourreaux» : tout chantier de génie civil s’accompagne de la mise en place de fourreaux destinés à accueillir la fibre optique.
Il existe des enjeux politiques derrière les débats techniques. En particulier il faut que les collectivités locales gardent la maîtrise de ces infrastructures pour les mettre à disposition des opérateurs de manière neutre.
Quels grands enjeux existent sur le plan technique ?
Le projet de loi va prévoir un pré-câblage dans les immeubles neufs avec un label logement multi médias. Des discussions doivent ensuite s’ouvrir entre co-propriétaires.
Le débat se double, concernant la télévision numérique, de la libération de fréquences. Certaines des fréquences libérées ainsi pourraient aller non vers la télévision mais vers le numérique en zones rurales.
Si la fibre constitue une réponse adaptée au numérique, il ne faut pas éliminer d’autres techniques. Il ne faut pas recréer une nouvelle fracture pour le très haut débit.
Nous en sommes convaincus sans la Manche. Manche Numérique a signé un avenant avec Manche Telecom, son délégataire, pour avoir, avant septembre 2009, 26 000 prises en FTTH sur le territoire de la Communauté urbaine de Cherbourg et de Saint Lô, soient environ 80 000 habitants desservis, sur un territoire de 480 000 habitants. Je suis maire d’une commune de 1 000 habitants dans laquelle il y a un dégroupage total... A présent, nous sommes très impliqués dans le développement des usages.
Sophie Schneider
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