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Convergence gazeuse
Magazine Réseaux VRD I Juin 2008 N° 154
Alors que les cours du pétrole s’envolent de jour en jour, l’heure est à la prise de conscience collective sur notre dépendance énergétique.
Alors que les cours du pétrole s’envolent de jour en jour, l’heure est à la prise de conscience collective sur notre dépendance énergétique. Pour limiter les risques, GRT Gaz essaie de diversifier au maximum les possibilités de transport de gaz dans notre pays. Mais la station de compression de Cuvilly (Oise) reste l’un des principaux points de convergence. 35 % du gaz français y transite chaque jour.
Depuis 2005, l’activité de transport de gaz a été filialisée et externalisée conformément aux directives européennes. Cette mutation a donné naissance à GRT Gaz, dont GDF possède toutefois 100 % du capital. GRT Gaz, c’est l’équivalent de RTE pour le transport électrique.
Et ce changement de réglementation a été salutaire. Aujourd’hui, la concurrence porte ses fruits et la filiale compte près de 50 clients. Avec GDF qui représente 80 % du volume transité, il reste encore du chemin à faire pour la diversification totale de l’offre… mais le processus est en marche puisqu’il suffit de remonter deux ans en arrière pour trouver moitié moins de clients.
Artères énergétiques
Les autoroutes du gaz transportent énormément d’énergie. À titre d’exemple, sur la station de Cuvilly, la puissance instantanée qui transite dans les tuyaux à très haute pression est équivalente à une trentaine de centrales nucléaires, soit 3 millions de m3/h ! Cela représente environ 35 % de la consommation nationale.
Et ces artères de transport réparties sur tout le territoire français sont d’autant plus importantes qu’elles permettent aux clients de GRT Gaz de choisir plus librement la provenance de leur gaz, et donc de le choisir au meilleur coût. C’est aussi une façon de subir de façon moins importante la domination du gaz russe qui représente 40 % des réserves mondiales. À ce titre, la France est le pays d’Europe le moins dépendant puisqu’il a s’approvisionne à plusieurs sources : Mer du Nord, Norvège, Pays-Bas, Égypte, Algérie et Russie. Si l’on ajoute à cela les nombreux terminaux méthaniers existants et ceux en projets (les projets en cours doivent permettre d’atteindre un total de 34 milliards de m3 en 2012 pour l’Europe), on comprend l’importance d’un réseau de transport à la hauteur.
Station stratégique
À cet égard, Cuvilly est un point stratégique dans le réseau de GRT Gaz. La station reçoit du gaz en provenance de Norvège, par Dunkerque et Taisnière, et en provenance des Pays-Bas, par Taisnière. Compte tenu du rôle majeur de cette station de compression, GRT Gaz l’a équipée d’électro-compresseurs. Ces derniers ont l’avantage de ne rejeter aucun gaz à effets de serre, contrairement aux compresseurs à gaz qui auraient une place logique dans une station… gazière.
Cette installation constitue vraiment un cas à part dans la stratégie du transporteur, puisqu’elle a été construite sur la projection de l’arrivée de plusieurs opérateurs réclamant du gaz norvégien. Et le pari est largement gagné puisqu’elle fonctionne quasiment sans interruption.
Face au budget « investissements » colossal auquel s’astreint GRT Gaz, rien n’est laissé au hasard. Les nouveaux équipements ne sont mis en chantier qu’à la suite d’une concertation avec les clients potentiels, et de leur engagement contractuel. Chaque station est aujourd’hui espacée de 120 à 150 km sur le réseau.
Sur le site, on trouve une station de comptage du gaz qui transite dans les tuyaux fonctionnant avec un système à ultrason (dont le faisceau se propage différemment selon la vitesse de passage du gaz). On découvre également le plus gros gazoduc français avec un Ø 1 100 mm et une pression interne maximale de service de 85 bars ! Quant aux compresseurs, ils sont entraînés par un moteur électrique tournant à 8 000 tours/min et refroidi par le gaz, évitant ainsi l’utilisation de liquides. Le taux de compression est de 1,2 à 1,3.
Cuvilly est donc tout à la fois une vitrine du savoir-faire de GRT Gaz, mais aussi et surtout, un atout majeur dans la conduite de sa politique de diversification des sources d’approvisionnement. Une politique qui nécessitera de 3,7 à 5,7 milliards d’euros d’ici 2016.
Protection cathodique
L’acier est sensible à la corrosion, et par conséquent les gazoducs également… Mais il existe un système apte à préserver l’acier du phénomène : la protection cathodique. Cela consiste à faire passer un très faible courant dans le métal qui se met alors dans un état de protection. Si cette technique commence seulement à se répandre dans le domaine de l’eau, elle est utilisée par GRT Gaz depuis 1947. L’entreprise a depuis déposé des dizaines de brevets et reste une référence internationale dans ce domaine. L’exemple du rachat de plusieurs réseaux de distributions des pays de l’Est par GDF est frappant. Ne pratiquant pas ce système de protection, les gestionnaires avaient une politique de remplacement du réseau tous les 10 ans, date d’apparition des premières fuites. Un réseau en acier, après 30 ans sans protection est tout simplement impropre au transport du gaz dans des conditions acceptables.
Sécurité et réseau de transport
Un fait divers a récemment fait reparler de la sécurité liée au gaz, cette fois sur le réseau de distribution. La difficulté de pousse d’une partie d’un champ de blé a éveillé les soupçons d’un agriculteur un peu au nord de Cuvilly. Cette parcelle se trouvant au-dessus du gazoduc, les équipes de GRT Gaz se sont déplacées pour inspecter la zone. Les détecteurs restaient muets. Décision est prise de creuser et des traces de gaz sont alors trouvées dans la terre. Il s’agissait d’une fuite extrêmement petite située sur un raccord isolant délimitant deux zones de protection cathodique. En 24 heures, le pipeline est vidé, le joint supprimé et la remise en service effectuée.
S.B.
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