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Dossier spécial 100
1993 – 2008 : 15 ans de terrain
Magazine Terrassement & carrières I Août - Sept. 2008 N° 104
L’idée est née d’un constat simple : « Les gens de tunnel ont leur revue, les carriers ont la leur, les routiers en ont plusieurs... Pourquoi les terrassiers sont-ils les délaissés de la presse professionnelle ? »
(Consulter l'article au format pdf.) L’idée est née d’un constat simple : « Les gens de tunnel ont leur revue, les carriers ont la leur, les routiers en ont plusieurs… Pourquoi les terrassiers sont-ils les délaissés de la presse professionnelle ? » En 1993, Jean Cayola, fondateur du groupe Cayola, décide de détacher la rubrique « Terrassements » de BTP Magazine, pour lui laisser tracer sa propre voie, en toute indépendance. La ligne éditoriale est claire : « Pas d’emphase, pas de banalité… Il s’agit tout simplement de la revue des terrassiers ! »
Opinions et stratégies, visites de chantiers, études techniques, portraits d’entreprises, nouveaux matériels, réglementation... les premiers jalons d’un magazine d’information technique et professionnelle sont jetés. La trace est faite, reste à la suivre !
En 1996, « Terrassements » devient « Terrassements & Carrières ». Là encore le constat est simple : « Terrassiers et carriers travaillent main dans la main. Ils sont les piliers de toute construction, ceux sans qui rien ne peut être bâti. » Et il est vrai que par l’utilisation de techniques, de procédés et de matériels similaires, les deux professions sont unies par de nombreuses passerelles.
Au cours de ces 15 dernières années et des numéros qui se sont succédé, les équipes rédactionnelles du magazine ont su rester fidèles à l’esprit d’indépendance insufflé par Jean Cayola. Et si la forme – maquette des pages, première de couverture, poster central, rubriques – a évolué pour se moderniser, le fond est demeuré : répondre aux attentes d’informations techniques et professionnelles des lecteurs. Dans le même temps, les professions de terrassier et de carrier ont fortement évoluées ; les entreprises, les matériels, les méthodes, les réglementations… Les pages de ce cahier spécial reprennent ces grandes évolutions.
Bonne lecture.
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Une révolution culturelle (Consulter l'article au format pdf.)
Depuis le début des années 1990, les exploitants de carrières et les entreprises de terrassement ont profondément évolué. Tour d’horizon de cette véritable révolution aux multiples facettes.
En l’espace d’une petite vingtaine d’années seulement, la grande famille des carriers et des terrassiers hexagonaux a connu de profonds bouleversements. Des bouleversements tout à la fois d’ordre structurel, organisationnel, réglementaire et culturel. A la période d’après-guerre, en effet, marquée par d’imposants chantiers nationaux de reconstruction, a succédé une période de modernisation du pays, qui perdure encore aujourd’hui. Il ne s’agit plus alors essentiellement de mener de grands travaux d’infrastructures (autoroutes, aéroports, barrages, etc.) mais d’optimiser les équipements existants (aménagements urbains, traitement des eaux et des déchets, etc.). De fait, tous les professionnels ont été touchés par ces évolutions et ont dû, à tous les niveaux, s’adapter en conséquence. Une tendance générale s’est alors progressivement dessinée au cours de ces dernières années : les concentrations d’entreprises. Autrefois atomisés, et répondant surtout aux impératifs de l’Etat centralisé, les carriers et les terrassiers sont désormais structurés en conglomérats d’importance plus ou moins grande ayant tous comme principaux clients les collectivités publiques (régions, départements, communes). Ce qui ne va pas sans transformer radicalement le paysage français.
Transformations radicales
« Notre profession est surtout constituée de PME » explique Dominique Hoestlandt, le président de l’Unicem (Union Nationale des Industries de Carrières et Matériaux de Construction). « Et il y a 15 ans, nous avons vu l’émergence d’un phénomène de regroupement des entreprises du secteur. Nous sommes ainsi passés de 9 % environ de PME contrôlées par des grands groupes à la fin des années 1980 à plus de 50 % aujourd’hui. Ce qui n’est pas totalement illogique puisque les contraintes reposant sur les professionnels se sont accrues, concernant notamment la gestion des carrières pour laquelle de lourds investissements sont nécessaires et où il faut donc être solide financièrement. » Ces concentrations sont encore en cours à l’heure actuelle. En contrepoint, certains acteurs du secteur carrier sont restés indépendants afin de sauvegarder leur identité de PME. C’est le cas notamment de l’entreprise familiale Delmonico Dorel basée dans la Drôme. « Il y a une quinzaine d’années, alors que bon nombre de nos confrères se rachetaient et se verticalisaient » raconte Dominique Dorel, le président de la société éponyme, « nous avons décidé de rester une PME et, par là même, de fidéliser nos clients. La stratégie pour laquelle nous avons alors opté a été de réaliser nos propres acquisitions pour nous diversifier. Le but était, et est encore, de consolider nos atouts stratégiques en tant que PME face à nos principaux concurrents. »
Paysage bipolaire
Ce paysage bipolaire (majors d’un côté et entreprises indépendantes de l’autre) est également caractéristique du secteur des terrassiers. Pour Jean-Marc Dessert, directeur technique chez GTM Terrassement, « ces dernières années ont vu le rapprochement d’entreprises, essentiellement de taille moyenne. Ce qui a occasionné la disparition de certaines sociétés qui comptaient comme, par exemple, Muller, Sogea ou Deschiron. » Face aux grands groupes, là aussi des entités indépendantes demeurent, à l’instar de NGE et de Spie Batignolles. Si les entreprises terrassières se sont ainsi restructurées, la forme de leurs marchés a elle aussi évolué. Même si quelques projets infrastructuraux importants existent toujours (comme la LGV Sud-Europe-Atlantique ou l’aéroport Grand Ouest à Nantes, par exemple), la part des grands travaux se réduit toutefois, au début du XXIe siècle, à la portion congrue. « Il n’y en a plus » fait remarquer Gilbert Roux, directeur général chez NGE. « Ils représentaient 50 % de notre chiffre d’affaires il y a 20 ans. Maintenant, leur part atteint les 10-15 %. C’est pourquoi nous tablons désormais sur des travaux mixtes en régions, incluant à la fois les terrassements, le génie civil, les élargissements de chaussées, etc., comme ce que nous faisons actuellement sur l’A88 ou sur l’A31 [voir p. 48]. Plus encore, nous espérons un développement plus marqué des Partenariats Publics-Privés [PPP]. » Car en effet, les Marchés d’Entreprises de Travaux Publics (METP) ayant disparu au cours des années 1980, la voie a dès lors été ouverte à l’instauration de ces PPP. Des contrats qui peinent à se massifier et qui profitent cependant davantage aux grands groupes qu’aux petites structures puisque les projets à porter sont parfois très dispendieux.
Marchés publics et PPP
Hormis ces préoccupations administro-financières, nécessaires pour soulager l’action publique, toutes les entreprises carrières et terrassières doivent par ailleurs gérer une nouvelle demande émanant de la société civile : la communication. Pour pallier les insuffisances de transparence de leur ancien mode de fonctionnement, les professionnels doivent dorénavant s’ouvrir davantage au grand public ainsi qu’aux politiques. Cette nouvelle donne témoigne ainsi de l’« industrialisation » croissante actuellement en cours chez la grande majorité des acteurs du BTP en France. Mais plus que le faire-savoir, les carriers et les terrassiers veillent aussi aux savoir-faire et à leur transmission – une question qui concerne directement le devenir de leur métier. La formation se fait alors essentiellement par la voie de l’apprentissage dans des centres dédiés. Elle peut également se réaliser en interne, avec des entretiens individualisés de formation, ou encore via les DIF (Droits Individuels à la Formation). « Nous sommes attachés à la formation et nous oeuvrons beaucoup dans ce sens », affirme Dominique Hoestlandt. « Alors les choses évoluent depuis 15 ans, lentement certes, mais cela est perceptible. Au fond, la question est de savoir de qui aurons-nous besoin à l’avenir. Certainement, de mécaniciens, d’électro-mécaniciens, de professionnels de l’environnement, d’agents de l’administration aussi. L’on demande finalement davantage de matière grise et de personnes qualifiées qu’auparavant. » Des questions passionnantes, mais qui ne permettent pas pour autant d’entrevoir ce que sera réellement le paysage français à l’horizon 2020…
Environnement : Une thématique émergente
« Il y a une réelle prise en compte de l’environnement chez les carriers », constate Pierre Fèvre, responsable granulats chez Cemex. Une prise en compte qui s’est alors accompagnée de l’émergence de cette thématique dans les textes réglementaires régissant la profession. C’est ainsi qu’en 1994, le législateur décide pour la première fois de soumettre l’exploitation des carrières à toute une série de contraintes administratives (arrêtés préfectoraux, études d’impacts, projets de réaménagement, etc.). Depuis quelques années, les carriers doivent également composer, entre autres, avec les Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique (ZNIEFF), existantes depuis 1982, les espaces Natura 2000, instaurés à la fin des années 1990 et avec la loi sur l’eau et les milieux aquatiques, parue en 2006. « Toutes ces mesures sont compréhensibles », affirme Dominique Hoestlandt. « Et nous y adhérons. Mais des difficultés apparaissent dans leurs applications pratiques. Je dois néanmoins rappeler que les carrières créent de la biodiversité, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent ! »
Vers le « zéro accident »
La suppression des risques liés au travail est l’une des préoccupations majeures des carriers et des terrassiers. Impulsé par l’Europe (90 % des textes français résultent de directives européennes), le domaine de la sécurité impacte à la fois les acteurs du secteur – l’accent étant mis sur la prévention – et le matériel. Depuis quelques années, les progrès sont patents (avec 20 % de réduction des maladies et accidents professionnels ces 5 dernières années), même si ces résultats sont encore nettement perfectibles.
La révolution High-Tech (Consulter l'article au format pdf.)
Même si les technologies du laser, des stations totales et du GPS remontent à des dates antérieures au premier numéro de Terrassements, les débuts de leurs applications sur les chantiers se vulgarisent à partir de la fin de la décennie 1980-1990. La revue s’est attachée à suivre de près l’évolution des matériels et des applications.
La première application du rayon laser remonte à 1965, mais on ne l’utilisera pas avant les années 1970 dans le secteur du BTP. Il en est de même pour les stations robotiques ou la technologie de positionnement par GPS. « Les premiers GPS commerciaux Trimble sont sortis en 1984, essentiellement pour des applications marines », indique Didier Colin, responsable de la société de distribution des solutions Trimble 3D. « C’est la sortie du RTK – corrections des données en temps réel – qui a réellement permis l’extension des applications sur les chantiers. Avant cela, on travaillait en post-traitement ; les opérateurs allaient sur le terrain enregistrer des points avant un traitement des corrections au bureau. Cette technologie de correction des données en temps réel est apparue à la fin des années 1990. » C’est évidemment parmi les grands terrassiers que l’on trouve les pionniers de l’utilisation des systèmes de guidage en 3D. Même si ils ne sont pas les premiers, on se souvient de l’association de GTM Terrassement et de Thalès Navigation pour la mise au point et l’utilisation du système Centaur.
30 % à 50 % de gains de productivité
« En France, le 3D a vraiment commencé à se développer avec les stations totales. Elles offraient le niveau de précision et la zone de couverture nécessaires pour les applications sur les grands chantiers de terrassement autoroutier ou ferroviaire », poursuit Didier Colin. Et il est vrai que sur ces grands chantiers linéaires, les avantages du positionnement et de l’asservissement des engins aux données des stations robotisées ou du GPS amène de réels gains de productivité. « C’est l’organisation et l’environnement du chantier qui pourra permettre à l’entreprise d’enregistrer parfois jusqu’à 50 % de productivité supplémentaire, mais, globalement, les systèmes 3D permettent de gagner un minimum 30 % sur ce chapitre », explique Didier Colin qui insiste sur les nombreux avantages qu’amène la technologie 3D. Il est vrai que si l’on compare un chantier de terrassement en configuration classique à un chantier géré par un système de positionnement et de guidage 3D, on a l’impression de passer d’une époque à l’autre. La fin du piquetage amène par exemple des gains de temps voire de précision. En termes de gain de temps, l’automatisation des machines permet de réaliser plus rapidement les phases de réglage de couches. Les systèmes de guidage permettent aussi de garantir le même niveau de précision sur toute la surface du chantier, ce qui peut aussi avoir des répercussions sur la qualité du rendu et la simplicité de vérification, couches par couches. Un autre gain important est dans l’économie globale de matériaux puisque l’asservissement des lames de niveleuse permet de respecter scrupuleusement les cotes théoriques. Enfin, la sécurité générale du chantier bénéficie aussi des systèmes de guidage car moins d’hommes à pied sont amenés à circuler près des machines, notamment des niveleuses. Pour les niveleuses par exemple, les phases d’étalonnage sont largement simplifiées.
Taux d’équipement encore faible
Avec de tels avantages, on pourrait croire qu’en plus de 15 ans, toutes les entreprises se soient équipées de tels systèmes. « Si l’on prend l’ensemble des entreprises de TP en France – en considérant par exemple les sociétés ayant au moins un tractopelle en parc – nous sommes très loin d’avoir la moitié des entreprises équipées », relève Didier Colin. « Et si l’on se base sur le parc de machines, nous sommes encore plus loin d’en avoir la moitié équipées. Il faut aussi savoir que n’importe lequel des principaux grands terrassiers possède au grand maximum quinze à vingt systèmes pour des parcs comprenant jusque 500 machines. Nous ne sommes pas encore à des taux d’équipements corrects en regard du potentiel français. Les pays nordiques sont par exemple beaucoup plus avancés que nous sur l’adoption des nouvelles technologies autant en ce qui concerne le GPS ou le guidage sur les machines. » Mais cela trouve aussi son explication dans le fait que les marchés se différencient beaucoup selon le type de machines utilisées. Ainsi les pays nordiques n’utilisent pas ou peu de niveleuses ou de bouteurs au profit de pelles hydrauliques.
« Je dois toutefois reconnaître que le marché français est actuellement en voie d’accélération sur l’équipement en systèmes de positionnement et de guidage 3D », poursuit Didier Colin. Après les grands terrassiers, beaucoup de PME du terrassement et du BTP reconnaissent les avantages de ces systèmes pour des chantiers de moindre envergure (applications VRD, lotissements, plates-formes, etc.). Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que certaines sociétés se sont spécialisées dans la fourniture directe de données GPS corrigées pour des applications de guidage centimétriques, notamment aux entrepreneurs du BTP, à partir du maillage du territoire par des antennes GPS.
Chronologie des principales évolutions des matériels Trimble
1947 Premier distancemètre électronique
1950 Premier niveau automatique
1971 Première Station Totale
1972 Premier carnet électronique
1978 Premier distancemètre auto-réducteur
1984 Premier produit GPS commercial
1986 Première Station Totale programmable
1990 Première Station Totale robotisée
1993 Premier système GPS cinématique temps réel RTK
1999 Première Station Totale fonctionnant sous Windows
2000 Première Station Totale Direct Reflex avec portée > 200m
2002 Première Station Totale Direct Reflex avec portée > 300m
Premier mobile GPS 5800 RTK avec liaison Bluetooth
15 ans : rétrospective (Consulter l'article au format pdf.)
Tribunes (Consulter l'article au format pdf.)
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